FOGZ BY SWOKE : LE GÉNIE RESTÉ DANS LA BOUTEILLE
Cerise et Cookie, deux recettes étalons pour découvrir une marque conçue avec Swoke. L'une se retient, l'autre s'éclipse.
Chez Swoke, on avait laissé la vape en mode artillerie lourde : Donald 2, son custard sans complexe, son bouchon blond et son pansement sur l'oreille. Avec FOGZ, les noms disent simplement ce qu'il y a dans le flacon : Cerise, Cookie, Mangue, Limonade. Pas de personnage à décoder, pas de saga. Une saveur, et l'obligation de la réussir.
UNE MARQUE, PAS UNE GAMME
FOGZ n'est pas une ligne de plus dans le catalogue Swoke. C'est une marque à part entière, portée par une société créée en 2021 et présidée par Aurélien Durand, cofondateur de Swoke, dont l'équipe conçoit les recettes. Ce n'est pas non plus une nouveauté : le Cookie a décroché la deuxième place des gourmands au Vapexpo Paris 2022. FOGZ se présente comme « la marque de votre shop préféré », avec une distribution réservée aux boutiques spécialisées.
LA GOUTTE ET LE COMPTOIR
Au Petit Vapoteur de Quimper, le rituel ne change pas : un tour des rayons pour repérer ce qui vient d'arriver. Cette fois, c'est FOGZ, mise en avant sur le site de l'enseigne et, au même moment, sur les étagères de la boutique. Six ou huit références sont alignées. Côté comptoir, les retours restent limités : l'équipe n'a pas encore exploré toutes les références, mais John connaît le Cookie.
Autant choisir celles qui ne pardonnent rien. La cerise et le cookie font partie de ces exercices où l'on voit vite si une marque a du métier. La première bascule facilement vers le sirop pour la toux ou l'amande de pharmacie. Le second finit trop souvent en biscuit en carton ou en bombe sucrée. Ce sont deux saveurs simples sur le papier et redoutables en pratique : deux portes d'entrée pour découvrir FOGZ.
Reste l'épreuve de la goutte. Déposé sur le bout du doigt, le Cookie laisse un goût franchement déconcertant, de ceux qui font grimacer. John, derrière le comptoir, ne se démonte pas : à la vape, il est bon, vraiment. Les vendeurs savent souvent de quoi ils parlent, et suivre leur conseil reste un pari qui vaut la peine. Les deux flacons partent dans mon sac.
Ils ont été vapés en 3 mg de nicotine, après une semaine de steep, dans deux clearomiseurs Centaurus Sub-Ohm V2 de Lost Vape, résistances 0,2 Ω à 66 W.
CERISE : SÉDUCTION CONTRARIÉE
Les premières bouffées installent une attente. La cerise est là, sombre, presque griotte, légèrement confite. Il y a de la matière, une opulence de fruit mûr, une lourdeur agréable qui promet beaucoup. On la sent, on la voit, on attend qu'elle éclose. Qu'elle envahisse le palais de son éclat satiné, de cette générosité presque insolente qui fait les grandes cerises, à la fois puissantes et délicates.
Et puis rien. Au moment où tout devrait s'ouvrir, le mouvement s'arrête net. Le fruit reste coincé, comme un génie trop gros pour sortir de sa bouteille au moment de faire trois voeux. Bouffée après bouffée, la relation tourne au je t'aime moi non plus : on revient vers elle parce qu'elle attire, et elle se dérobe chaque fois au même endroit. L'intention est là, la finition non.
L'étiquette déclare du furanéol, un composé associé aux notes de fruit cuit et confituré, et de la bêta-damascénone, qui contribue souvent à donner du fond aux fruits rouges. Le rapprochement avec cette cerise sombre et confite est donc plausible. Mais une étiquette ne livre ni la recette complète ni les dosages, et ces deux molécules ne racontent qu'une partie de l'histoire.
FOGZ annonce de son côté une cerise juteuse, « acidulée comme un bonbon ». La pointe acidulée est perceptible, mais trop discrète pour relancer le fruit. Elle lui donne un peu de relief sans provoquer l'ouverture attendue. La matière est là ; le mouvement reste suspendu.
D'autres cerises vont plus loin, comme Aquila d'Al-Kimiya, charnue et vive, même si elle s'appuie sur l'amaretto pour y parvenir. La Cerise FOGZ n'est pas mauvaise. Elle est frustrante, et c'est pour cette frustration qu'on s'en souviendra : celle d'un rendez-vous incomplet, pas d'une saveur de référence.
COOKIE : LE COMPTOIR AVAIT RAISON
Le contraste est immédiat. Le goût déroutant de la goutte s'évapore avec la vapeur, et le Cookie déclenche la gourmandise dès la première bouffée. Un chocolat gras, plein, généreux, presque régressif, qui enveloppe un biscuit moelleux plutôt que sec. On ne sait plus très bien si l'on vape le cookie au chocolat ou le chocolat du cookie, et on s'en moque un peu. C'est exubérant, beurré, réconfortant.
Une pointe épicée passe à l'arrière-plan. L'étiquette déclare du cinnamaldéhyde, le composé principal de la cannelle. La vanille ne se signale pas, ou alors elle travaille en coulisse pour porter le chocolat.
Autre bonne surprise : il n'est pas trop sucré. Très gourmand, mais jamais écœurant, il ne sature pas le palais et ne fatigue pas. Le revers tient dans sa longueur. Le plaisir arrive d'une seule vague, ronde et immédiate, puis s'efface vite. Il ne tapisse pas, il ne s'attarde pas, et chaque nouvelle bouffée donne envie de retrouver cette sensation. Moins de sucre, moins de persistance ?
On comprend sans peine qu'il ait séduit un jury en 2022.
Et mon copain John avait raison.
Le cookie de la maison Fogz est réussi.
LE FLACON SOUS LES NÉONS
L'habillage mérite qu'on s'y arrête. FOGZ affirme une identité synthwave et japonisante bien à elle : fruits et biscuits dessinés d'un simple tracé néon, katakana sous le nom de la Cerise, grille rétro en perspective, motifs de nuages japonais en fond, qui font écho au brouillard du nom. L'étiquette holographique scintille sous la lumière. Rose, violet et bleu pour la Cerise, cuivre et chocolat pour le Cookie.
C'est travaillé, coloré, rétrofuturiste, mais la composition reste sobre et élégante : un motif central, peu d'éléments, aucune surcharge. Ni bling, ni objet-jouet façon Donald 2. Une identité qui s'affirme sans hausser le ton, et qui croise, au moins en apparence, la mesure que l'on retrouve dans les recettes.
CÔTÉ PRATIQUE
50 ml sans nicotine dans un flacon de 75 ml, prévus pour un ou deux boosters.
Ratio 50/50 pour la Cerise, 40/60 PG/VG pour le Cookie.
Prix constaté autour de 19,90 €.
Le flacon Ozone est annoncé en plastique recyclé.
VERDICT
Les deux recettes partagent un trait : la retenue. Le sucre est maîtrisé et le palais préservé, mais cette sagesse ne produit pas le même effet des deux côtés. La Cerise fait attendre pendant la bouffée, le Cookie s'en va trop vite après elle.
Raté ? Non.
Il y a du sérieux et du métier.
Mémorable ? Pas tout à fait.
Le Cookie donne envie d'y revenir, la Cerise laisse sur sa faim.
Ces deux essais donnent de FOGZ une première image appliquée, presque trop sage, qu'il faudra confronter à d'autres références.
Le génie est bien là.
Reste à le laisser sortir.

⚠️ Le vapotage est une aide au sevrage tabagique.
Ne vapotez pas si vous ne fumez pas.
Le vapotage est une transition vers une vie sans tabac puis sans dépendance à la nicotine.