LES FRUITS D'ENFER DE VAPE 47 : LE PLAISIR ÉTAIT DANS LE SAC

Quatre e-liquides Fruits d'Enfer de Vape 47, Dragon, Cerise, Kiwi et Pêche, disposés en croix sur un fond graphique inspiré du tatouage.

UN LUCKY BAG, QUATRE FLACONS OUBLIÉS

Fin août, Le Petit Vapoteur a mis en vente un Lucky Bag Geekvape × ENFER, l'une des marques de VAPE 47.
Dans le sac, un pod Sonder Q2, un pack de trois cartouches Q0.8, une housse, un porte-clés, et quatre flacons Enfer de 50 ml, Cerise, Kiwi, Dragon, Pêche. Dans les nuages avait consacré un premier article à ce sac, entièrement matériel, qui interrogeait pourquoi ce même Sonder Q2, déjà distribué dans un Lucky Bag seize mois plus tôt, ne produisait plus la moindre surprise. Conclusion : rien ne manquait objectivement dans ce sac, sauf peut-être ce qu'on était venu y chercher.

Pas la faute du Lucky Bag ni de la série qui le décrypte : j'étais simplement occupé à chercher ce qui n'allait plus dans le dispositif, au point de reproduire un peu le problème que je dénonçais.

Voilà donc le second volet.
Et il raconte, entre autres choses, que j'avais peut-être jugé ce sac un peu trop vite.

UN VIEUX SOUVENIR DE STALACTITES

Autant le dire avant d'ouvrir les flacons. Il y avait un a priori sur Vape 47.
Une précédente expérience avec une gamme de la maison très chargée en fraîcheur m'avait laissé un souvenir de blizzard mentholé, le genre de frais qui ronge les sinus et transforme les parois nasales en stalactites.
Quand un frais supplante l’arôme, là, je rends les armes.
Le "extra frais" affiché sur le côté des boîtes des quatre Enfer du sac n'était donc pas franchement une invitation.

FRAIS, AVEC MODÉRATION

Les quatre flacons appartiennent à une sous-collection que le réseau de vente appelle Les Fruits d'Enfer, distincte de l'Enfer Original et du challenge communautaire #VapeENFER qui avait accompagné son lancement.
Chaque recette associe trois fruits à une pointe de menthol.
Cerise, grenade, framboise noire.
Kiwi, pastèque, pomme verte.
Fruit du dragon, citron, acérola.
Pêche, framboise, nectarine.
Toutes en 50 ml, 0 mg, base 50/50, sans sucralose ni diacétyle déclarés, fabriquées en France.

Sur un point précis, la fiche officielle est plus prudente que le packaging : elle qualifie la fraîcheur de modérée.

Je m'attendais à me faire cryogéniser. À la vape, pas du tout.
Le frais est là, il a de la puissance, mais il ne massacre jamais la recette.
Il la propulse.
Et finalement, l'image la plus juste n'est peut-être pas celle du blizzard mentholé, mais celle du granité qu'on voit réapparaître aux beaux jours : énormément de glace, du sirop, un parfum immédiatement identifiable. Le froid fait partie du plaisir, mais on sait toujours ce qu'on est en train de goûter.

VAPE 47, DEUX COUSINS ET UN OXYMORE

Avant les Fruits d'Enfer, il y a une décennie de VAPE 47. La marque, portée par la société La 47e Heure, est née en 2013, fondée par deux cousins, Alexandre Tavernier et Ludovic Oury.
Le premier vient d'une formation scientifique puis d'une école d'ingénieur, avec un passage par la confection de souliers chez un bottier.
Le second a une formation juridique et commerciale, avec un passage par l'industrie musicale et la distribution culturelle.
Ils disent avoir découvert la cigarette électronique en 2011, puis avoir formulé leurs propres recettes après des recherches en ligne et auprès de professionnels de santé.

Leur première marque, Thenancara, visait la sophistication : dix mois de recherche, des centaines de formulations, un premier lot de 400 flacons vendus dans une dizaine de boutiques choisies.
Puis, à partir de 2018, après plusieurs années sur des recettes qu'ils qualifient eux-mêmes d'équilibrées et subtiles, les fondateurs disent avoir perçu une demande de marché pour des liquides plus frais, plus sucrés, plus puissants.
De cette lecture naît ENFER, presque comme un contre-pied à leurs premières années : un monoproduit mentholé conçu pour pousser le froid beaucoup plus loin.
Le nom viendrait, selon leur récit, d'une réplique de Gladiator.
Une contradiction assumée entre l'imaginaire du feu et un liquide glacial, pensée par Oury comme un oxymore.
Le lancement s'accompagne du défi communautaire #VapeENFER, tenter de le vaper plusieurs secondes, filmé ou en boutique.

Cette double culture, précision d'un côté, mise en scène de l'autre, se retrouve dans les Fruits d'Enfer. VAPE 47 revendique une fabrication française, une analyse et une traçabilité de chaque lot, ainsi que l'absence de plusieurs ingrédients, dont le sucralose et le diacétyle.
Mais l'identité visuelle, serpent, néons, typographie punchy, reste celle d'une maison qui sait raconter ses produits autant que les fabriquer. Les quatre flacons du Lucky Bag portent cette double signature, même sans l'annoncer.

Les quatre e-liquides Fruits d'Enfer de Vape 47, Dragon, Kiwi, Cerise et Pêche, alignés devant un décor graphique de serpents.

QUATRE RECETTES D'ENFER ?

La Cerise d'Enfer est ouverte en premier, et elle emporte la mise tout de suite. Cerise, grenade, framboise noire jouent la même partition, avec la cerise clairement à la baguette.
Il y a un truc qui ne trompe pas chez moi : quand un liquide m'arrache un petit "hummmm" sans même que j'y pense, c'est que la connexion s'est faite.
Sur la Cerise, elle est immédiate. On tape dans la fiole comme on tape dans un paquet de bonbons, et il n'y a aucun problème à ça.

Le Kiwi d'Enfer surprend sur un point précis. L'étiquette annonce le kiwi en tête, mais c'est la pastèque qui arrive en premier en bouche, avec ce twist acidulé que le kiwi et la pomme verte semblent lui injecter comme une dose de vitamine.
Note pour mémoire : la fiche officielle classe ce même liquide dans la famille fruits rouges, une catégorisation qui ne colle pas avec kiwi, pastèque et pomme verte. Une incohérence de fiche, pas de goût.

Le Dragon d'Enfer est le plus difficile à décrypter des quatre, et c'est ce qui le rend intéressant. Le citron ne vient pas écraser le propos d'une acidité dominante, le fruit du dragon reste sur une mélodie discrète et, l'acérola, j'avoue ne pas savoir exactement quel goût lui attribuer.
Aucun des trois ne prend véritablement le pouvoir.
Une construction de mixologue plutôt qu'un fruit qu'on nomme, testée sur le Huracan Aspire à 74 watts, sans doute la plus délicate des quatre.

La Pêche d'Enfer est la seule à laisser une réserve. Un léger arrière-goût qui tire vers le chimique. Ça m'évoque davantage une boisson à la pêche, presque un thé glacé, qu'un fruit pulpeux.
La framboise se laisse difficilement attraper, la nectarine apparaît davantage en fin de bouche avec une petite pointe acidulée.
Pas un ratage pour autant, simplement la moins excitante des quatre.

VAPE 47 annonce les quatre recettes sans sucralose, et pourtant l'impression sucrée est bien là.
À mi-bouteilles, sur plusieurs setups, les résistances suivent encore.
Pour des recettes aussi chargées, c’est un bon signal.

LE RIPSAW ET LES ANNÉES SUB-OHM

Ces quatre Enfer sont en 50/50, et leur fiche ne les présente pas comme des liquides de dripper à 150 watts. Le premier article avait d'ailleurs établi qu'ils étaient techniquement cohérents avec la cartouche Q0.8 du Sonder Q2 fourni dans le sac. Sur le papier, rien ne cloche entre ces liquides et ce petit pod.

Sauf que ce n'est pas comme ça que je les ai vraiment rencontrés.
Le iTank T chez Vaporesso, le Huracan chez Aspire, le Centaurus Sub-Ohm V2 de chez Lost Vape, et pour finir le Ripsaw de chez Suicide Mods à 150 watts. Pour moi, ce sont des liquides à sortir sur de la grosse artillerie, franche du collier, pas prise de tête.

Ce choix n'est pas qu'un protocole de test. Ces recettes très chargées me reconnectent à une période précise de mon histoire de vapoteur, quand une partie de la vape cherchait le gros nuage et la saveur exubérante, bien avant que mes propres goûts ne m'emmènent vers des recettes plus délicates, plus millimétrées, plus esthètes.
Je retrouve ici un plaisir que j'avais un peu laissé de côté en cours de route.

LA JUNK VAPE, MAIS LA BONNE

Reste la question du positionnement.
Si je devais faire une balade en hypermarché, j'irais direct au rayon confiserie.
Pas la boîte de chocolats fins : le gros paquet de bonbons qui envoie de la couleur, du sucre et du goût.
Il faut aller la chercher, cette gamme, pour ce qu'elle est, et il faut aller bouffer le paquet de bonbons.
Jouer les précieux ridicules, les vapoteurs tatillons, ça ne marchera pas ici.

Le palais d'un vapoteur s'éduque, comme n'importe quel palais, en gastronomie ou en œnologie.
Des recettes aussi lisibles que celles-ci, sans second volet gustatif à décrypter, ne parlent pas de la même manière selon qu'on a dix ans de comparaison derrière soi ou qu'on sort tout juste du tabac.
Et c'est peut-être aussi là leur intelligence : elles n'exigent pas d'avoir dix ans de vape derrière soi pour comprendre immédiatement ce qu'elles proposent.

J'AVAIS JUGÉ CE SAC UN PEU TROP VITE

Le premier article concluait que rien, objectivement, ne manquait dans ce Lucky Bag, sauf peut-être la surprise.
C'était vrai côté matériel.
C'était faux côté liquide.

Les 79,60 euros de Fruits d'Enfer laissés de côté n'étaient pas un simple oubli comptable.
Ils contenaient une gamme cohérente, un froid puissant qui laisse pourtant les fruits parler, quatre recettes suffisamment différentes pour éviter l'effet catalogue, et un plaisir de vape que j'avais un peu oublié : celui, exubérant et décomplexé, des grosses puissances et des gros nuages.

Pas de quoi réhabiliter le Sonder Q2, qui reste ce qu'il était. Mais une bonne partie de ce sac n'avait tout simplement pas encore été ouverte.


⚠️ Le vapotage est une aide au sevrage tabagique. 
Ne vapotez pas si vous ne fumez pas. 
Le vapotage est une transition vers une vie sans tabac puis sans dépendance à la nicotine.