CDS LAB BANGER'Z : ONE MORE TIME
Un casque de robot claque sous des néons, et dedans, il n'y a pas un DJ, il y a un cola. Chez CDS Lab, ce soda vient de trouver sa bande-son.
Banger'z ouvre le bal avec une gamme entièrement construite autour de lui : sept flacons, deux vagues de lancement et une identité visuelle qui pioche sans complexe dans l'imaginaire électro le plus connu de la planète.
On a testé les sept. Pendant plus d'un mois.
Rien que du cola.
Oui, c'était un pari stupide. Et non, on ne l'a pas regretté.
LA FRENCH TOUCH, MAIS EN FLACON
Banger'z ne sort pas de nulle part. CDS Lab, labo familial basé à Marmande depuis 2014, a construit une bonne partie de sa gamme gourmande sur ce principe : Vappy qui lorgne vers le beurre de cacahuète popularisé par Skippy, du moins dans les codes visuels, les chocolats de Dubaï recyclés en arôme, Vapoff qui pioche du côté du Spéculoos.
Ce n'est pas vraiment du plagiat, c'est plutôt une culture assumée du détournement : le labo ne cherche pas à inventer des univers depuis zéro, il réinterprète des imaginaires déjà installés, jusqu'à en faire une vraie signature. Avec Banger'z, l'exercice change juste d'échelle. Un casque à visière qui change de regard selon le fruit, une bande son électro qu'on croit reconnaître en visionnant les supports promo : l'hommage à l'esthétique Daft Punk est appuyé, presque provocateur, sans reprendre à l'identique l'un de leurs casques.
On pourrait s'en indigner. On préfère en rire, parce qu'il fallait bien une identité pour souder sept flacons épars, et celle-ci fonctionne redoutablement.
Pierre Jacquemet, directeur commercial et marketing de CDS Lab, est un peu le Pedro Winter de la maison : il ne joue pas de synthé, mais il sait clairement repérer ce qui traîne dans l'air du temps pour le remixer en mega hit.

UN FLACON QUI POSE AVANT D'OUVRIR
Les flacons de 120 ml jouent la carte du disque holographique. Étiquette satinée, effet arc-en-ciel qui bouge selon la lumière, logo Banger'z qui traverse le verre comme une comète.
Sur chaque flacon, le casque électro change de regard, et le détail vaut le coup d'œil : quartiers de citron pour le Cola Citron, pomme verte pour le Cola Pomme, étoiles pour la Vanille, mûres en pixel art pour la Mûre, jusque-là, tout se tient. Puis il y a l'entorse : la Cerise récupère logiquement des yeux en forme de cerises, sauf que le Dragon hérite exactement des mêmes cerises.
Bug de production ou pur hasard graphique assumé, difficile à trancher, mais ça n'empêche pas l'ensemble de fonctionner en vignette Instagram autant qu'en rayon, sans jamais se prendre au sérieux.
Ça claque, ça se reconnaît à trois mètres, et ça n'a pas besoin d'explication.
LE DÉFI DÉBILE QU'ON S'EST LANCÉ
Il y a quelques années, tout le monde se filmait en train de se renverser un seau d'eau glacée sur la tête pour une bonne cause qu'on avait déjà oubliée le lendemain.
En recevant les quatre premiers flacons, le réflexe a été le même genre de pari idiot : ne vapoter que du cola, rien d'autre, pendant un mois entier.
Un challenge de type TikTok sans public, sans sponsor et sans intérêt particulier, sinon celui de prouver qu'on tenait la distance.
Ce qui devait être une punition gustative s'est transformé en surprise.
En vape, le cola est un gourmand qui use vite, du genre qu'on savoure sur 50 ml avant de passer à autre chose.
Un mois entier dessus, sans lassitude ni écœurement, ce n'était clairement pas prévu au programme.
VAGUE 1 : QUAND LE COLA GARDE LA MAIN
La première salve, sortie fin juin, réunit Vanille, Fruit du Dragon, Pomme et Citron.
Et c'est là que Banger'z impressionne vraiment, parce que le cola de base n'a rien d'un cola bourrin.
Pas de sucre à outrance, pas de fraîcheur qui flingue les sinus : une recette fine, précise, qui tient sur la durée sans jamais lasser, même vapotée en boucle pendant des semaines.

Le Cola Vanille est la vraie surprise du lot. On n'attend jamais grand-chose d'un mariage pareil, et pourtant cette vanille, du genre bourbon, chaude et un rien épicée, ne cherche jamais à dominer. Elle se glisse sous la recette de cola comme sous une couverture, et le résultat frôle une troisième saveur, un goût qui n'appartient ni tout à fait au cola ni tout à fait à la vanille. C'est un peu ce que doit ressentir un sample bien posé sur un beat qu'on connaît par cœur : familier et pourtant neuf.

Le Cola Fruit du Dragon va encore plus loin. L'industrie de la vape a collé du fruit du dragon sur toutes les recettes fruitées depuis des années, jusqu'à l'écœurement. Ici, il s'empare du cola avec une délicatesse presque florale, et emmène ailleurs, vers une destination qui n'est ni club électro ni soda de supermarché. Une fusion inattendue, la plus culottée des sept.

Le Cola Pomme revient sur un terrain plus classique, mais pas sans relief. Le cola s'annonce en premier, rond, presque sage, avant qu'une pomme verte, du genre Granny Smith, ne débarque et prenne le dessus, croquante, acidulée, avec ce petit twist qui rappelle les bonbons pomme d'enfance plus qu'un simple jus de fruit.
Le cola recule alors d'un cran, la pomme occupe la bouche, et l'ensemble finit par ressembler à ce qu'on servirait avec une poignée de glaçons un jour de canicule plutôt qu'à un e-liquide classique.
Sans surprise majeure, donc, mais sans fausse note non plus.

Le Cola Citron referme la vague dans les règles de l'art : le citron sert d'exhausteur, comme au bar, léger et jamais acide, pour un résultat qui tient la promesse du duo le plus classique qui soit.
Ce n'est pas cola plus arôme. C'est le cola transformé par l'arôme, ce qui n'a rien à voir.
VAGUE 2 : LE COLA QUI PERD LA MAIN
Peu avant de boucler cet article, la deuxième vague débarque : Cerise, Mûre, Pêche. Et là, le territoire change de nature. On passe du cola qui laisse de la place à un registre plein sucre, presque liquoreux, où les résistances trinquent nettement plus vite qu'avec la première fournée. CDS Lab semble avoir lâché les chevaux sur le dosage.

La Cerise aurait pu sombrer dans le cliché du chimique pour le chimique, une cerise vulgaire façon cannette de soda premier prix. Elle ne le fait pas : du relief, une pointe florale qui traîne derrière la griotte, du caractère. Simplement, elle prend clairement le pilotage de la recette et laisse moins d'air au cola.
La Mûre, elle, refuse la facilité du mélange fruit noir classique, mûre-cassis-et-compagnie : juste la base cola et un seul arôme, assumé sans fioriture, bien marqué, généreux.
Et puis il y a la Pêche, sans doute la plus flatteuse des sept, une pêche jaune, juteuse, pleine de soleil, mais tellement présente qu'on en oublie qu'il s'agit d'un cola. Le cola recule d'un pas et laisse la pêche occuper toute la scène.


LES RITUELS TECHNIQUES
Chaque flacon Banger'z pèse 120 ml pour 100 ml de liquide shortfill, sans nicotine, prêt à recevoir un ou deux boosters selon qu'on vise 3 ou 6 mg. Le ratio reste fixe à 50/50 PG/VG, et la base est intégralement végétale, un vrai plus pour les becs sensibles. Ce ratio équilibré permet de faire tourner la gamme sur à peu près tout, du pod simple au dripper pour les plus curieux. Seul vrai point de vigilance : les recettes de la deuxième vague, plus sucrées, méritent un coil qu'on change plus souvent. Les quatre premières, à l'inverse, ont remarquablement préservé la durée de vie des résistances, signe d'une recette pensée avec soin plutôt que balancée à l'arrache.
BILAN : LES MEILLEURS PILLARDS DE LA VAPE FRANÇAISE
S'il fallait ranger les sept, du sommet à la simple bonne surprise, le Dragon trône seul en haut, seule recette de la gamme à donner cette sensation d'avoir touché une destination inconnue.
La Vanille suit de très près, premier vrai coup de cœur du lot et même tour de force que le Dragon, en plus retenu.
Le Citron ferme le podium, juste et net, sans fausse note.
Vient ensuite la Cerise, superbe mais déjà plus autoritaire envers le cola qu'elle accompagne.
La Mûre, franche et généreuse, mais vite racontée.
La Pomme, solide sans jamais surprendre.
Et la Pêche en dernier, pas par manque de qualité, elle est même la plus belle démonstration de fruit du lot, mais parce qu'elle finit par faire exactement ce qu'aucune des six autres ne fait : elle efface le cola.
CDS Lab livre là une gamme d'un sérieux rare sur un terrain qu'on croyait épuisé, le cola aromatisé, avec une vague 1 qui tient la corde nettement plus haut qu'une vague 2 plus gourmande et plus sucrée.
Mais avec le recul, ce n'est pas vraiment de sept recettes qu'il s'agit.
Pendant un mois, on a cru tester des liquides.
En réalité, on a surtout découvert qu'on pouvait construire tout un univers autour d'un simple soda.
C'est ça, finalement, la vraie réussite de Banger'z.
Le vapotage est une aide au sevrage tabagique.
Ne vapotez pas si vous ne fumez pas.
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